Octobre marque la Journée mondiale de l’épargne, une date qui, plus que célébrer l’acte d’économiser de l’argent, doit servir de point de réflexion sur quelque chose de structurellement plus profond : la littératie financière.
Dans un contexte économique et entrepreneurial de plus en plus complexe, la différence entre épargner et comprendre la valeur de l’argent est, dans de nombreux cas, la différence entre la durabilité et l’échec. Économiser est important ; comprendre ce que l’on économise, comment cela se multiplie et quand investir est essentiel.
Selon l’Eurobaromètre de la Commission européenne (2023), seuls 18 % des citoyens de l’Union européenne présentent un niveau « élevé » de littératie financière. Au Portugal, ce chiffre descend à 11 %, ce qui place le pays parmi les niveaux les plus bas d’Europe, bien derrière l’Allemagne (27 %) et les Pays-Bas (28 %). Toujours selon la Banque du Portugal, seuls 26 % des Portugais parviennent à répondre correctement à trois des cinq questions de base sur les finances personnelles. Ces données révèlent une fragilité systémique qui va bien au-delà du domaine individuel : elles exposent une limitation collective dans la capacité de lire, d’interpréter et d’agir stratégiquement sur la base d’informations financières.
Ces chiffres ne sont pas seulement statistiques. Ils sont le miroir de la façon dont nous pensons, décidons et gérons, tant dans la sphère personnelle que dans l’univers entrepreneurial. La faible littératie financière se traduit par des décisions mal fondées, des plans d’investissement sans cohérence et une incapacité à évaluer le risque et la viabilité des projets. Dans le cas des entreprises, l’impact est particulièrement évident : des projets qui échouent non pas à cause de l’idée, mais à cause de l’exécution financière ; des candidatures qui restent en chemin par manque d’analyse économique rigoureuse ; et des négociations de crédit compromises par l’absence d’un langage financier commun avec les banques et les investisseurs.
Le manque de littératie financière a donc des conséquences directes et mesurables sur l’économie réelle. Il se traduit par de mauvaises décisions d’investissement, souvent basées sur des perceptions et non sur des données ; des difficultés dans la levée de financements, parce que les décideurs ne maîtrisent pas les fondamentaux techniques ; et un endettement incontrôlé, résultat d’une mauvaise lecture des charges, des intérêts ou des échéances. Il est également responsable de mauvais choix fiscaux, qui compromettent la durabilité des entreprises, et de l’incapacité à interpréter les contrats financiers ou les clauses de risque, ce qui les rend vulnérables dans les processus de négociation et juridiques.
Au fond, la faible littératie financière n’est pas seulement un problème de connaissance, c’est un facteur de risque stratégique. Un risque qui mine la compétitivité des organisations et la confiance des investisseurs, et qui perpétue la dépendance vis-à-vis de consultants externes sans que les équipes internes comprennent véritablement les décisions qui sont prises.
Pendant des décennies, la littératie financière a été négligée dans le système éducatif et entrepreneurial portugais. Dans les écoles, elle a été traitée comme une curiosité ou une vertu morale. Dans les entreprises, elle a été réduite à une compétence technique restreinte aux départements financiers et comptables. Le résultat est une génération de décideurs qui ne maîtrise pas l’essentiel : la lecture d’un bilan, l’interprétation d’un flux de trésorerie, l’évaluation de la rentabilité d’un investissement ou la compréhension des implications fiscales d’une décision stratégique.
À un moment où l’intelligence artificielle, l’analyse de données et la digitalisation financière transforment les modèles d’affaires, la littératie financière devient encore plus critique. Le rapport de l’OCDE (2023) sur la littératie financière numérique au Portugal alerte sur une nouvelle asymétrie : les citoyens et les professionnels utilisent des outils financiers numériques, des applications bancaires aux plateformes d’investissement automatisé, sans comprendre pleinement le fonctionnement, les risques et les opportunités qu’ils représentent, c’est-à-dire que nous sommes plus connectés, mais pas nécessairement plus conscients.
Il est urgent de changer cette réalité. La littératie financière est une compétence de leadership, et les décideurs qui maîtrisent le langage des chiffres sont mieux préparés pour anticiper les tendances, atténuer les risques et capitaliser sur les opportunités.
Savoir interpréter l’information financière, c’est comprendre le présent et prévoir l’avenir, et celui qui ne comprend pas les chiffres ne comprend pas sa propre entreprise.
Le changement exige effort et engagement
Promouvoir la littératie financière est aujourd’hui un impératif stratégique et culturel. Il ne s’agit pas seulement de former des personnes et de transformer les mentalités. Cela implique de doter les équipes de capacité analytique, de favoriser la lecture critique des chiffres et d’intégrer le raisonnement financier dans toutes les décisions organisationnelles.
Mais cette transformation ne se produit pas du jour au lendemain.
- Elle exige du temps, de l’investissement et de la cohérence.
- Elle exige une volonté politique au sein des entreprises, l’engagement de la direction et la collaboration entre les départements.
Cela signifie cesser de réagir et commencer à anticiper, remplacer l’intuition par l’analyse, l’improvisation par la stratégie et construire des visions durables soutenues par des données et des preuves économiques.
Parce qu’en 2025, l’ignorance financière n’est plus une excuse, c’est un choix. Et celui qui choisit de comprendre les chiffres choisit de diriger son propre avenir.
Comment intervenir et par où commencer
Améliorer la littératie financière au Portugal exige une approche coordonnée, qui unit éducation, secteur entrepreneurial et politiques publiques.
Voici quelques actions concrètes qui peuvent accélérer le changement :
- Intégrer la littératie financière dans l’enseignement formel et professionnel et à tous les niveaux d’enseignement – introduire des modules pratiques sur les finances personnelles, l’investissement, les impôts et la planification économique depuis l’enseignement primaire jusqu’à l’enseignement supérieur et technique.
- Créer des programmes de renforcement des capacités financières dans les entreprises et les organisations publiques – formations et ateliers axés sur la lecture de rapports, l’analyse des coûts, la planification budgétaire et la gestion des risques.
- Promouvoir des partenariats entre le secteur financier, académique et entrepreneurial – projets conjoints de mentorat et de littératie, dans lesquels banques, universités et entreprises développent des contenus et des simulateurs de décision.
- Développer des contenus accessibles et numériquement inclusifs – plateformes interactives, podcasts, e-learning et tableaux de bord intuitifs qui transforment les concepts financiers en outils pratiques de décision.
- Créer un « Indice national de littératie financière d’entreprise » – mesurer, évaluer et publier annuellement le niveau de maturité financière des organisations, pour stimuler l’amélioration continue et récompenser les bonnes pratiques.
- Favoriser la culture de la transparence et de la responsabilité financière – plus les entreprises partagent et expliquent leurs chiffres, plus grande sera la confiance – interne et externe – et plus la société sera préparée à comprendre leur impact économique.
- Impliquer les Juntas de Freguesia, les associations locales et les IPSS comme agents de proximité – les collectivités locales, les associations et les institutions du secteur social ont un rôle essentiel dans l’éducation financière de base communautaire, à travers des sessions ouvertes, des programmes de littératie et des partenariats avec des entités formatrices, elles peuvent aider à apporter des connaissances financières aux familles, aux microentreprises et aux entrepreneurs locaux.
Ces entités sont souvent le premier point de contact avec les citoyens, et leur action peut être déterminante pour créer des communautés plus informées, autonomes et économiquement durables.
Promouvoir la littératie financière, c’est investir dans le leadership, la durabilité et l’autonomie.
Chez Advanced Way, nous croyons que comprendre les chiffres est la première étape pour diriger avec stratégie, cohérence et confiance. Comptez sur notre soutien !
Sources : Eurobaromètre (2023), Banque du Portugal, OCDE (2023)